Faire une thèse : on fait le point – PARTIE 2

Pourquoi faire une thèse ? Voilà par où tout commence, une question qui pourrait sembler basique mais ne l’étant en réalité pas du tout.

L’article de cette semaine est dédié à Mme Mammar El Hadj, doctorante au sein de notre cher IGR, qui a soutenu sa thèse il y a seulement quelques semaines. Alors, Inside a mené son investigation et lui a posé ce fameux « Pourquoi ? ».
Il est vrai qu’au cours de ses études, notre professeure de RH était loin de se douter qu’elle allait se diriger vers ce type de carrière. Et pour cause : elle se destinait d’abord à être professeure d’anglais en poursuivant des études de lettres. Cette aspiration s’est effectivement estompée, et elle a opté pour une réorientation dans le domaine de l’humanitaire (par le biais d’un master en économie sociale et solidaire) – deux domaines bien différents ! Ses enseignants l’imaginaient bien relever le challenge d’une thèse, tandis qu’elle n’était pas tout à fait convaincue… Puis, après réflexion, pourquoi pas ? Voilà l’occasion d’aborder la gestion d’une autre manière auprès d’étudiants.
Elle s’est finalement lancée pour pouvoir enseigner dans l’enseignement supérieur, mais également par curiosité intellectuelle par rapport à un sujet précis. Mais, vous vous demandez probablement quel sujet farfelu notre spécialiste en ressources humaines a réussi à dégoter…
En effet, la sélection dans les écoles doctorales s’effectue par rapport au dossier scolaire, au projet de recherche et doit correspondre aux thèmes retenus par la direction de l’école. Au moment du dépôt de son sujet et à l’obtention d’une bourse régionale, le thème était la compétence territoriale. Mais, au fil du temps, avec la lecture et les rencontres sur le terrain, la question directrice s’est affinée pour devenir : le lien entre l’identification et la compétence collective dans un groupe inter-organisationnel – étude de cas comparative dans le secteur culturel en Bretagne. Et oui, c’est bien plus précis, vous avez 4 ans.

Alors, c’est parti pour « un puzzle qui se construit petit à petit », voilà comment Mme Mammar El hadj qualifie le challenge de la thèse. Chaque lecture ou rencontre contribue à assembler les pièces entre elles, au cours d’une sorte de marathon intellectuel, physique et psychologique. Tiens, n’aurions-nous pas déjà croisé cette métaphore ?
Malheureusement, difficile d’aborder un marathon quand on est une sprinteuse. Mais, avec l’entraînement, on trouve son rythme et son allure. A chaque idée lumineuse, qu’importe le moment où elle surgit, c’était effectivement une course contre la montre qui débutait pour la noter le plus rapidement possible (même sous la douche).

Malgré tout, chaque doctorant pourra le confirmer, les passages à vide sont compliqués à affronter, en particulier parce que la comparaison aux thésards qui travaillent en même temps est difficile à écarter. Publications, colloques, tout est bon pour se remettre en question et laisser le fameux syndrome de l’imposteur faire surface : « ce n’est pas ma place », « je n’ai pas le niveau », etc. Rien de mieux pour douter !

Il est tout de même important de garder à l’esprit qu’il n’existe aucune recette miracle, il faut aussi apprendre à suivre et écouter ses intuitions parfois… Dans l’open space dédié aux thésards à l’IGR, difficile de se concentrer le vendredi après-midi : moment de la semaine où l’inefficacité et la débandade étaient les maîtres mots. Au quotidien, la solidarité dans cette équipe de travail rendait les choses moins compliquées.

La « bête de compétition » -comme elle se décrit- nous livre quelques clés :
– On croise énormément de personnes au cours de cette aventure, des universitaires, des amis, de la famille, des étudiants, etc. : la thèse, la création de savoirs ne se fait pas seul(e). Il faut savoir se nourrir de chaque instant pour enrichir ce travail.

– Prendre de la distance par rapport aux personnes qui critiquent par exemple. On ne peut pas plaire à tout le monde, et la critique ne nous concerne pas en tant que personne mais une de nos productions à un moment donné de notre vie. Apprenez d’ores et déjà à prendre de la distance 😉

– Si vous vous demandez si vous devez sauter le pas ou non, notez qu’il vous faut environ 10% de talent pour 90% de travail, et aimer lire de base (oui, vous allez en passez du temps à lire !).
Jusqu’à l’entrée dans la salle pour la soutenance, la question « pourquoi j’ai fait ça ? » est restée bien présente dans son esprit mais, ceci étant, elle a tout de même voulu remercier la planète entière dans la section remerciements pour cette expérience si riche.

 

Vous savez maintenant tout (ou presque) du métier d’enseignant-chercheur, mais ceci reste tout de même un métier peu compris. C’est auprès de son neveu de 8 ans que notre professeure s’est lancée dans des explications.

« – Neveu : Tata, tu me soigneras si un jour je suis malade ?
– Mme Mammar El hadj : Oui, je serai toujours là pour toi ! »
Sa maman lui avait en fait expliqué qu’elle allait devenir docteur mais pour lui, un docteur est obligatoirement un médecin, et bien évidement à 8 ans on ne connaît que le docteur qui soigne. Elle tenta donc de lui expliquer.
« – Mme Mammar El hadj : Tata n’est pas ce genre de docteur.
– Neveu : (perplexe) Ah bon, il y a différents docteurs ? »
Après de longues explications par rapport aux diplômes, au bout de 5 minutes, il tient sa tête entre ses mains et ne comprend toujours pas. Alors, après simplification :
« – Mme Mammar El hadj : Tata soigne les entreprises quand elles sont malades.
– Neveu : (mort de rire) Les entreprises tombent malade ! »
C’est à cet instant qu’elle se lance dans des explications et des métaphores, mais lui a déjà commencé à jouer avec ses voitures et ne l’entend plus parler… Cette histoire résume bien des interactions avec les gens, puisque 80 % du temps sert à expliquer en quoi ce métier consiste concrètement.

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